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Game Story, ou la revanche des jeux vidéos

Ça y est! Game Story a ouvert ses portes! Pour ceux qui ne seraient pas au courant, il s’agit d’une exposition consacrée à l’histoire des jeux vidéos organisée par la Réunion des Musées Nationaux, avec la collaboration de l’association mo5.com – à laquelle j’adhère fièrement depuis quelques mois – et du musée Guimet. Enfin, j’écris « une » exposition… je devrais marquer « LA » exposition (oui, c’est sale… mais je ne pouvais pas me résoudre à l’anglicisme « the » exposition, et l’effet recherché est difficile à obtenir avec « l’ »…) ! En effet, Game Story c’est avant toute chose une revanche : celle des jeux vidéos et surtout des joueurs passionnés qui ont endurés sarcasmes, remontrances, dédain et sourires en coin durant des années et qui, à force d’opiniâtreté et de passion, voient enfin leur loisir accéder au titre d’art à part entière…

Lors d’un précédent post, j’avais donné les informations pratiques de cette exposition historique, pour ceux qui souhaitent s’y rendre. Je n’ai pour ma part pas encore eu le temps de me plonger dans Game Story, mais je ne manquerai pas de publier ici même mes impressions dès que la visite sera effectuée. Cependant, en à peine quelques jours, Game Story a fait plus pour l’image des jeux vidéos qu’aucun autre événement auparavant : les articles sur l’exposition se multiplient (exemples avec 20 minutes.fr, le Monde.fr et Challenges.fr), tandis que le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand annonce une série de mesures qui, si elles se concrétisent, promettent au jeu vidéo un avenir radieux dans l’Hexagone, alors qu’il vient juste d’être reconnu comme art « officiel »outre-Atlantique. Ledit ministre ayant déjà fait montre de son intérêt pour la chose vidéoludique, il est permis d’espérer…

Certes, le jeu vidéo bénéficie depuis quelques années d’une visibilité de plus en plus grande, et compte déjà quelques escapades dans la sphère culturelle (je pense notamment à Muséogames au musée des Arts et Métiers, l’an dernier). Mais pour la première fois de son histoire, il accède à un des hauts lieux de la culture : le Grand Palais. Fini donc les opérations mineures, et même le plus souvent limitées aux différentes sphères de la sous-culture : le jeu vidéo en tant qu’art fait son entrée dans la cour des grands, avec la bénédiction des huiles du monde de la culture. Alors certes, notre univers perd de son intransigeance adolescente en rendant hommage à l’intelligentsia culturelle française, mais ce qu’il perd en rébellion, il le gagne en reconnaissance. Et peut-être même que Familles de France inscrira les jeux vidéos sur la liste des activités autorisées aux enfants (humour, humour…). De toute façon, les commentaires et les recommandations de ce type d’association donneuse de leçons deviennent sans objet, car en les reconnaissant, la RMN rappelle une évidence : les jeux vidéos, ce n’est pas pour les enfants!

Game Story créé un précédent dans l’histoire de la culture française (mais également mondiale, car notre beau pays conserve bon gré, mal gré un poids important dans cette dernière), précédent dont on reparlera… et dont on parle déjà dans deux publications majeures !

TROIS COULEURS hors-série : « GAMES STORIES, L’histoire secrète du jeu vidéo »

TROIS COULEURS est un magazine culturel édité par mk2 et dont le sujet « naturel » demeure le cinéma. Gratuit et principalement parisien, il propose toutefois quelques hors-séries payants, dont celui qui nous intéresse, GAMES STORIES, L’histoire secrète du jeu vidéo. Élaboré en réaction à l’exposition Game Story, ce numéro de 130 pages presque sans pub propose trois grandes parties : un retour les 60(!) années qui ont vu naître et grandir le jeu vidéo, un portfolio et une partie composée de dossiers.

Laissons de coté les dossiers, qui, bien qu’intéressants et bien écrits, ne se démarquent pas vraiment de ce qu’on peut trouver dans IG Mag et feu Joypad notamment, pour mieux se concentrer sur les deux autres parties. La partie historique pour commencer est plutôt bien pensée puisqu’elle propose de revenir sur quelques phénomènes qui ont marqué (ou pas d’ailleurs :D ) chacune des décennies évoquées : ainsi les débuts du hacker Steve Jobs sont-ils rappelés pour évoquer les années 70, tandis que le vil assassinat de Lord British et l’effeuillage de la belle Lara résument bien l’état d’esprit des années 90. Il n’est donc aucunement – ou presque – question d’étudier les faits, mais bien de comprendre une époque en s’intéressant à son esprit. Agréable à lire et souvent amusante, cette partie est ma préférée!

Kévin jouant à CoD IV ...

La deuxième partie, le portfolio, propose quelques œuvres visuelles liées à l’univers vidéoludique. On retiendra notamment les portraits d’enfants en pleine partie, dont la plupart sont tout simplement hilarants. Cependant, personne ne semble s’émouvoir de voir des gamins d’une dizaine d’année jouer à des jeux parfaitement sains et adaptés à leur âge, comme CoD, GTA IV et Condemned 2 ;) . Il faut ajouter à cette partie définie dans le sommaire les nombreuses illustrations typées « arts et essais » essaimées ça et là et qui viennent sans cesse rappeler qu’il s’agit bien d’une revue culturelle en imposant un style graphique très particulier.

Le hors-série TROIS COULEURS s’avère au final une très bonne surprise, qui traite le jeu vidéo de la meilleure des façons : sérieusement mais sans se prendre au sérieux! La rédaction habituelle a su s’entourer d’intervenants au fait de cet univers, et le résultat est une publication originale et tout à fait en accord avec la nouvelle image que les mondes pixelisés acquièrent enfin! Mais pour avoir une idée du ton de cet ouvrage, rien de tel qu’un extrait de l’éditorial !

« Game Stories, ce sera donc la somme de ces petites histoires confidentielles qui font notre histoire du jeu vidéo et surtout de ceux qui y ont joué. Les rumeurs de codes pour se promener avec Lara Croft toute nue, la chronique d’un jeu qui recrute des soldats sur les fronts irakiens et afghans, la découverte (en cachette des parents) du trop violent Carmageddon. Partir sur les traces des grandes premières : Pong évidemment, mais aussi le Counter-Strike des salles de réseau du Quartier latin. Des récits qui en disent moins sur le jeu vidéo que sur cinquante ans d’inventions dantesques et d’aventures bien réelles. Que l’on soit gamer accompli ou parfait néophyte (rassurez-vous, le mag dispose d’un lexique et d’un double poster éclairants), chacun pourra saisir la dimension rocambolesque qui nous a scotchés. Alors, certes, y a un peu plus de filles dépoilées que d’habitude dans nos pages, mais les jeux vidéo, c’est comme les petits écoliers : au fond, c’est pas que pour les enfants.

Game Story et Link à la une de Libération

De mémoire, si notre microcosme a déjà eu le droit à quelques articles dans les quotidiens nationaux (le plus souvent dans la rubrique économique…), c’est bien la première fois qu’un héros de jeu vidéo squatte la une d’un grand journal. Et cet honneur revient tout naturellement à Link, grâce à une illustration exclusive gracieusement (?) fournie par tonton Mario aux camarades de Libé et accompagnée de ces quelques mots : « De « Pong » à « Zelda », expo au Grand Palais Pleins jeux ».

En tout, pas moins de quatre pages sont consacrées à notre loisir, avec au programme la présentation de l’exposition Game Story, un édito portant sur la difficile reconnaissance des arts nouveaux, un article évoquant la dimension artistique du jeu vidéo, ainsi que quelques chiffres, des projections sur les mutations à venir dans cette industrie et quelques recommandations sur les titres à ne pas manquer en cette fin d’année.

Que dire de cette une, une fois passée la surprise? Les articles ne sont pas mauvais (il s’agit tout de même d’un des grands journaux français!), mais ils ont tendance, comme souvent dans la presse généraliste, a être incomplets et à asséner des vérités très contestables. Cependant, et c’est bien là la révolution, ces vérités imposées sont désormais en notre faveur… personnellement, j’ai trouvé jouissif de voir un quotidien national s’engager dans un véritable plaidoyer en faveur du jeu vidéo, surtout en repensant à l’image que ce média avait dans la presse il y a seulement quelques années! Il faut sans doute y voir le résultat de l’autorisation ministérielle donnée avec Game Story. Sans oublier, comme l’écrit Olivier Séguret que « si l’on fête cette année les 25 ans de Zelda, cela signifie aussi que les enfants et les ados qui y jouaient en 1986 sont désormais aux manettes de la société ». En bref : l’ère vidéoludique vient de commencer, et notre heure est enfin venue !

Bob Dupneu