Une des règles du ludophile éclairé est : les jeux à licence tu fuiras comme la peste. Entre un budget de développement bien amputé par le coût de la licence, une sortie précipitée pour coller à l’actualité de ladite licence et les entraves ou contraintes imposées aux créatifs par le service marketing, le jeu adapté d’une licence connue est souvent une daube immonde. Les exceptions existent avec des jeux potables : Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours à l’époque des 128 bits ou Hogwarts Legacy : L’Héritage de Poudlard actuellement. Il y a également le cas particulier de The Witcher : c’est le jeu qui a fait connaître la licence, et non l’inverse. Et Terminator dans tout ça ? Globalement, de la daubasse ! Pour le premier film, une adaptation DOS en 3D (rudimentaire) qui n’a pas marqué les esprits ainsi que, de souvenir, une adaptation 2D sans intérêt sortie notamment sur NES; pour le second opus, je me souviens d’un jeu de tir en arcade – adapté notamment sur Super Nintendo – et d’un jeu d’action en 2D sur a peu près toutes les plateformes de l’époque. Je me souviens surtout que c’était atroce à jouer ! Et les tests retro que j’ai consulté confirment ce souvenir, tant pour l’arcade1 que (surtout) pour la SNES2 ! La situation s’est améliorée à mesure que les films de la franchise perdaient en qualité, mais globalement, la franchise Terminator n’a jamais vraiment comptée dans le monde vidéoludique !
Alors du coup, pourquoi le vieux Bob s’est-il intéressé a la dernière adaptation en date de l’univers de Sarah Connor et Skynet ? Déjà parce que la bande-annonce faisait vraiment envie, avec ses graphismes en pixel art reconstituant les scènes marquantes du film, ensuite parce que Bob a vécu le précédent de la N64, j’ai nommé Goldeneye 007. Mémo pour les jeunots : Goldeneye 007 est l’adaptation du film éponyme, développé par Rare pour la Nintendo 64, qui révolutionne à sa sortie le genre des jeux de tir à la 1ère personne (FPS, que l’on appelait encore à l’époque Doom-like). De tous les jeux à licence, Goldeneye 007 est probablement le meilleur et une raison explique sa qualité : les développeurs étaient passionnés et n’ont eu ni contrainte budgétaire, ni contrainte de temps, le jeu sortant deux ans après le film, ce qui est une hérésie marketing ! Je me suis donc dit que, réalisé par des passionnés et sans pression marketing – Terminator 2 étant sorti il y a 35 ans, les équipes marketing pointent probablement à l’EHPAD du coin et l’actualité de la licence est assez calme – Terminator 2D : No Fate pouvait donner quelque chose de pas mal. De bien, même !
Et je ne me suis pas trompé. Les développeurs (Bitmap Bureau3)sont des passionnés qui cherchent à réaliser des jeux 16 bits modernes (pour les jeunes : les jeux 16 bits sont ceux de l’époque Super Nintendo/Megadrive, donc le mitan des années 90 : pile poil l’époque de Terminator 2). Étonnamment, je n’avais jamais prêté attention à ce studio dont les autres productions semblent intéressantes, suffisamment pour que j’y jette rapidement un œil plus attentif. L’éditeur (anglais, personne n’est parfait) est Reef Entertainment4 qui n’a pas de grand fait d’armes à son actif mais semble s’être spécialisé dans les jeux Terminator dernièrement ! Et la cible ? Le ludophile vétéran des années 80 et 90, qui refuse obstinément de jouer sur son smartphone (sauf dans la salle d’attente les jours de bilan de cholestérol ou d’examen de la prostate…). Appâter les quadragénaires avec un film mythique de leur jeunesse et des gros pixels qui fleurent bon les mercredi après-midi de l’adolescence pour se faire de l’argent, c’est vil mais ça a fonctionné sur Bob. Et ça semble fonctionner tout court, puisque le jeu, sorti il y a un peu moins de quatre mois, s’est déjà vendu a 32 000 exemplaires sur Steam (les chiffres Nintendo, Sony et Microsoft ne sont pas publics, mais selon le rapport annuel de la société d’étude Sensor Tower5, Steam représente environ 42% du marché pour le téléchargement, hors Nintendo : le jeu s’est donc probablement vendu a plus de 70 000 exemplaires à ce jour). Ça vous paraît peu ? Pourtant c’est un bon chiffre pour le studio, qui vise avant tout un marché de niche. Les chiffres disponibles sur gamalytic.com indiquent 32k pour Terminator, 7k pour Xeno Crisis et 3,5k pour Battle Axe. Seul le jeu Final Vendetta s’est mieux vendu (627k), mais il est disponible depuis 4 ans. Ceci dit, s’agit-il d’un bon chiffre pour un jeu à licence ? Je ne saurais le dire !
Évidemment, la tentation était grande de tenter de refourguer tout un tas de merdes en plastoc aux ludophiles nostalgiques, et le site officiel6 présente les éditions collector de-la-mort-qui-tue à des prix délirants. Mais en se limitant à la version dématérialisée, l’expérience se limitera a 30€ (le dématérialisé c’est le mal© mais il ne semble pas y avoir de version physique « normale », juste des éditions « limitées » qui sont encore plus mal !). Nous pardonnerons cette tentative de faire les poches de ludophiles qui – au vu de leur âge – ont une famille à nourrir, car les développeurs sont comme les autres : ils ont des impôts à payer !
Mais trêve de digressions : Terminator 2D : No Fate, ça vaut quoi ? Honnêtement, c’est le meilleur jeu de la Super Nintendo ! En tout cas, c’est ce que j’ai ressenti en parcourant le jeu : si le jeu n’invente rien, il fait vibrer la corde nostalgique en multipliant les références à des classiques vidéoludiques : Contra III (Super Probotector en Europe), Battletoads, les jeux Terminator 2 précités… Bob s’est amusé à monter quelques « shorts » Youtube montrant certaines de ces référence7, que T2DNF récite comme on récite ses gammes. Le tout dans un écrin en pixel art de toute bôôôté et mis en musique avec talent. Le jeu propose également de la variété : si il est pour l’essentiel un run’n gun, il propose des course-poursuites, de l’infiltration et même un niveau beat’em all. Ces séquences sont d’un intérêt variable, mais elles sont en phase avec l’envie qui semble avoir guidé les développeurs : recréer le film en pixel art; les scènes de transition sont à ce titre de petits bijoux , et le sens du détail dans les niveaux frôle la névrose !
Alors oui, on peu reprocher au jeu d’être un peu court, de ne mettre en scène le T-800 que dans trois niveaux – dont un optionnel – voire de manquer de challenge. Ce sont les critiques négatives les plus souvent émises, même si le jeu a reçu un accueil plutôt bon. Pour ce qui est de la durée, je préfère une expérience courte et bien chiadée qu’un jeu qui traîne sans rythme. Et pour le challenge ? Honnêtement, les joueurs d’aujourd’hui ne veulent plus se farcir vingt fois le même passage avant de le passer, sauf quand il s’agit là du concept même du jeu. Il y a dans cette critique un peu de mauvaise foi je pense : j’ai même lu sur un forum un joueur qui se plaignait que le jeu était trop facile, jusqu’au boss final qui lui était subitement trop difficile. Il faudrait choisir mon coco ! Enfin, contrairement aux pseudo gamers qui pleurnichent sur un jeu soi-disant trop court et trop facile, Bob a joué aux classiques cités à leur époque : la vérité c’est que la difficulté ne servait qu’à rallonger artificiellement des jeux courts, notamment en raison des limitations techniques. Prenez Contra III, légende parmi les légendes : un bon joueur le termine en moins de 30 minutes, comme le premier Metal Slug du reste… Il vous faudra dix minutes de plus pour T2DNF, et sa rejouabilité est au moins aussi bonne que celle dudit Contra III. Certes, trois décennie séparent les deux, ce qui explique que Terminator 2D : No Fate ne sera jamais qu’un bonbon pour ludophiles nostalgiques alors que Contra III est un classique intemporel, mais reprocher à un jeu rétro qui propose de revivre une expérience rétro d’être trop court alors qu’il est en réalité plus long que les classiques invoqués, c’est un peu léger. Et si la difficulté absurde d’antan vous manque, vous pouvez toujours jouer avec des pinces à linge attachées aux couilles, ça comblera le côté maso qui est en vous !
Bref, Terminator 2D : No Fate m’a plu pour ce qu’il est : une porte vers mon adolescence, un hommage à un classique du cinéma et une expérience rétro avec le confort moderne. Il m’a accompagné deux week-ends et restera dans ma mémoire comme un de mes meilleurs souvenirs d’enfance sur Super Nintendo. Et créer ce souvenir sur la Switch 2 d’un quadragénaire, c’est le tour de force qu’a réussi Bitmap Bureau, et je les remercie pour cela !
Bob Dupneu

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- https://www.arcade-museum.com/Videogame/terminator-2-judgment-day
- https://emunova.net/super-nes/games/terminator-2-judgment-day/
- https://www.bitmapbureau.com/
- https://www.reef-entertainment.com/
- https://sensortower.com/report/state-of-gaming-2026/download
- https://www.terminator2d.com/
- https://www.youtube.com/watch?v=xTxmpgHg1dM&list=PLdbRklfahBkhrla_FNkJftnSGZfrCpK0U&index=5






