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La place du Judo dans les jeux vidéo

judoLe judo est le quatrième sport le plus pratiqué en France, et un grand pourvoyeur de titres sportifs pour le pays. Populaire aussi bien chez les enfants que chez les adultes, cet art martial est cependant peu représenté dans le microcosme vidéoludique. Étant moi-même judoka, je regrette ce manque de représentation de ma discipline en jeux vidéo, et comme je suis de nature curieuse, j’ai essayé de comprendre la raison de cette absence. Et c’est en exclusivité mondiale que je vous livre le résultat de ma réflexion (ouah! La chance !).

jigorokanoPetit rappel : le judo est un art martial japonais créé à la fin du XIXème siècle par Jigorô Kanô (嘉納 治五郎), et basé sur le ju-jitsu. Il fait partie des sports de combats de préhension, c’est-à-dire que les techniques sont portées après avoir attrapé son adversaire (comme pour la lutte par exemple, et à la différence des sports de percussion comme la boxe ou le karate). La victoire en judo s’obtient en projetant son adversaire sur le dos (ippon), en l’immobilisant au sol ou en le forçant à abandonner au moyen d’une clef de coude (uniquement) ou d’un étranglement. Comme dans tous les sports de combat, un système de points existe pour désigner un vainqueur à la fin du temps de combat, si les conditions de victoire directe ne sont pas remplies.

Un art martial peu populaire en dehors de la France ?

En réfléchissant au sujet qui nous intéresse dans cet article, je me suis rendu compte que si le judo n’a pas la faveur des développeurs, c’est probablement parce que le judo est loin d’avoir, au niveau mondial, une popularité comparable au football ou au karate, pour ne citer qu’eux. En effet, si la pratique est répandue en France et en Europe de l’Est, le judo est pour ainsi dire inexistant aux États-Unis, ou le créneau des sports de préhension est occupé par la lutte, et inégalement pratiqué dans les autres pays. Or, je n’apprendrai rien à personne en rappelant que le marché américain est primordial dans la prise de décision des studios de développement, notamment pour un jeu sportif. La seule exception notable est le football, sport populaire par excellence dans le monde entier sauf… chez l’Oncle Sam !

nekketsujudocoverEt le Japon me direz-vous? Eh bien contrairement aux idées reçues, le judo n’est pas particulièrement pratiqué au Japon, la jeune génération lui préférant de loin le base-ball ou le football. Il faut dire – et je parle d’expérience – que le monde du judo au pays du Soleil levant est assez rude, trop sans doute pour une jeunesse ramollie par le confort moderne… Avec trois fois moins de licenciés qu’en France (pour une population double), le Japon n’est donc pas l’El Dorado du jeu de judo. Pas de marché aux États-Unis, pas vraiment au Japon non plus (même si les nippons demeurent attachés à cet élément important de leur culture et de leur histoire moderne), on comprend aisément que la discipline demeure confidentielle sur nos consoles et ordinateurs…

Par ailleurs, contrairement aux arts martiaux de tatane dans la gueule, le judo n’est pas très spectaculaire (même si il peut l’être). Une partie importante du combat se passe d’ailleurs au sol, tandis que la partie du combat debout consiste pour une grande partie en une lutte de garde, deux domaines assez inintéressants pour le profane… Au surplus, si les développeurs peuvent assez facilement simplifier un coup de pied ou de poing en le réduisant à l’équation « une pression sur un bouton = un coup » (ce qui est loin d’être aussi simple en réalité, mais les jeux de baston n’ont pas la prétention d’être des simulations), ce n’est pas aussi facile avec un combat au corps à corps. Le judo est alors enfermé dans un cercle vicieux : pas assez impressionnant pour permettre un jeu typé arcade, il devient trop complexe à mettre en œuvre pour une simulation… Et comme en plus, les développeurs ne sont pas sûrs d’en vendre des masse, le jeu de judo apparaît clairement comme une mauvaise idée…

De rares essais peu concluants

Je me suis amusé à dresser la liste des jeux vidéo de judo (spécifiquement). Ils se comptent sur les doigts de la main d’un mutant : sept. Et il faut bien avouer que les résultats obtenus ne sont pas très encourageants.

Le meilleur (ou moins mauvais) des jeux de judo est très probablement David Douillet Judo sur les 128 bits, édité par Big Ben Interactive (pas de commentaire…) et bénéficiant d’une licence officielle de la Fédération Française de Judo. Les développeurs ont tenté de trouver une solution à l’épineuse question du gameplay en proposant un système plus proche du jeu de danse que du jeu de baston. Ça marche (un peu) mais ce n’est tout de même pas très passionnant… Je regrette cependant que le jeu n’ai pas eu plus de succès : une suite aurait peut-être permis d’améliorer un premier jet qui n’avait rien de ridicule.

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Il n’existe dans l’histoire récente du jeu vidéo que deux autres tentatives : The Judo sur Wii (Simple Series Vol.5), uniquement en dématérialisé au Japon, et que je n’ai pas essayé. Mais cela semble n’être qu’une sorte de mini-jeu amélioré. Sinon, le Judo apparaissait dans le jeu officiel des jeux olympique de Pékin (Beijing 2008) : une seule catégorie (inexistante en réalité si je me rappelle bien, qui plus est !), une laideur à faire pleurer ma grand-mère et un système de jeu aux choux… Un digne représentant des épreuves (au sens souffrance, peine, malheur, …) contenues dans les jeux officiels des J.O.  (visiblement appelés à disparaître). Rien à retenir en somme.

uchimatajudoSi on se tourne du côté du retrogaming, on trouve : Uchi Mata Judo sur CPC, Nekketsu Judo sur MSX (l’ordinateur préféré des japonais à l’époque Amstrad/Amiga), Moero!! Judo Warriors sur FAMICOM et Onna Sanshirou: Typhoon Gal en Arcade. La plupart de ces jeux ont été portés sur d’autres supports, mais ils partagent d’être sans grand intérêt ludique aujourd’hui. Il m’est difficile de déterminer si ces jeux étaient bons selon les critères de leur époque, et je doute que la presse spécialisée en Europe en ai parlé car, à ma connaissance, seul Uchi Mata Judo (développé par Martech, une boîte anglaise portée disparue depuis) a été distribué en-dehors du Japon. Quoiqu’il en soit, aucun de ces jeux n’a marqué l’histoire vidéoludique de son empreinte, ce qui pourrait laisser penser qu’il s’agissait de sombres bouses 😀

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Le judo : supplétif permanent de la baston virtuelle

Au final, le judo est-il condamné à ne jamais exister dans la sphère vidéoludique, lui qui a réussi a se développer dans tous les pays (oui, oui, même aux États-Unis ou les trois judoka du pays ont réussi à ramener un titre aux derniers jeux…) ? Heureusement non ! En y regardant de plus près, on s’aperçoit même qu’en dehors des jeux spécifiques évoqués plus haut, le judo est omniprésent dès lors qu’il s’agit de tabasser virtuellement son prochain.

L’exemple le plus emblématique est probablement celui de la « planchette japonaise » (sutemi) de Ken dans SFII et du morote seoi de Ryû dans le même jeu. Kunio Kun pratique également un peu de judo dans Bikkuri Nekketsu Shin Kiroku, tandis que le judo est un des trois arts martiaux (avec le Muay Thai et le Tonfa) maîtrisés par Jax dans Mortal Kombat Deadly Alliance. Plus proche de nous, Tatsuo Shinada dispose dans Yakuza 5 d’un o soto gari et d’un sasae tsuri komi ashi que j’envie ! Le judo sert également de toile de fond à la série des jeux Yawara sur PC Engine, adaptés de la série éponyme.  Et les exemples se multiplient dès lors qu’on s’intéresse au sujet.

La question pourrait bien sûr se poser de savoir si les techniques représentées sont, dans l’esprit des développeurs, issues du judo ou d’un art martial proche (ju-jitsu, aïkido ou JJB par exemple). Honnêtement, je ne saurais me prononcer avec certitude, mais là n’est pas la question : en réduisant le judo à un système de « choppes » puissantes et venant en appui des coups de pieds et de poings traditionnellement représentés, le monde vidéoludique a finalement réussi à extraire du judo ce qu’il a de plus impressionnant et remarquable pour lui offrir une place, certes rarement officialisée, mais néanmoins bien réelle.

Bob Dupneu

segatasanshiroP.S.: Je ne pouvais pas terminer sans évoquer le cas de Segata Sanshiro, le défenseur de la Saturn, un judoka brutal et abruti directement inspiré de Sugata Sanshiro, alter-ego cinématrographique de Shiro Saigo, un des premiers pratiquants du judo. Allez, juste pour le plaisir, une compilation des publicités mettant en scène ledit Segata !

 

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